L’homophobie: connaître l’ennemi pour mieux le mater

Voici le premier article d’une série 5 où je vais vous partager ce que j’ai pu tirer du livre Bien vivre son homosexualité … et réussir son coming out, de Béatrice Millêtre, que je vous invite à lire.

 

Homophobie en eux en nous

Aaaaaah L’homophobie. Beaucoup de gens pensent souvent qu’ils ne sont pas homophobes, qu’ils sont tolérants, la preuve, ils s’entendent très bien avec un tel qui est gay ou ont a des ami(e)s homos. Et pourtant, lorsqu’on est confronté à l’homosexualité d’un membre de sa famille ou sa propre homosexualité, les masques tombent bien vite !

Du coup, c’est indispensable de mieux comprendre l’homophobie pour pouvoir accepter un proche homosexuel ou s’accepter tel qu’on est en tant qu’homosexuel et mieux se protéger de l’homophobie ambiante de notre société. Voyons un peu d’où vient cette homophobie et comment elle s’exprime chez chacun de nous, pour mieux y faire face.

 

Notre société hétérocentrée

On vit dans une société aux normes hétérosexuelles, la preuve c’est que par défaut on considère les autres comme homosexuels. On va plutôt demander à une fille “Tu as un copain?” au lieu de “Tu es en couple/célibataire?”.

L’homosexualité est une sexualité différente qui sort de la norme et qui a été considérée longtemps comme anormale par la société.  Ça a engendré une image négative, des stéréotypes, du rejet, voire même de l’agressivité, bref l’homophobie sous toutes ses formes. Exposés en permanence à des idées homophobes on finit par les intégrer même si on est contre ses idées. Et malheureusement  cette homophobie intériorisée, on l’acquiert avant même d’avoir conscience de son orientation sexuelle !

 

L’homophobie chez les hétéros

La peur de l’homosexualité s’exprime à des degrés différents :

– Homophobie active avec des violences verbales (insultes, moqueries) ou physiques (je vous fais pas de dessin).

– Homophobie passive, dans ce cas par exemple, on évite de parler de l’homosexualité, hormis pour des blagues, on évite aussi les personnes et les lieux qu’on étiquette comme homo.

J’étais étonné de lire que des études montrent que certaines personnes pensent que l’homosexualité est une sexualité naturelle tout comme l’hétérosexualité quand d’autres ressentent du dégoût à l’égard de l’homosexualité. Alors qu’est-ce qui fait qu’une personne soit plus ou moins homophobe? Ce qui va suivre est un peu cliché, mais si on devait faire un portrait-robot de l’homophobe type ce serait sûrement:

  • plutôt un homme
  • qui ne connaît pas d’homosexuels
  • qui a des principes religieux et moraux stricts (sexe = procréation, et pis c’est tout)
  • qui n’a jamais eu de sentiments forts pour quelqu’un du même sexe
  • qui a un niveau social économique et culturelle plutôt bas

Alors évidemment, accepter l’homosexualité d’un proche ne se fait pas spontanément, dans la majorité des cas, ça se fera en plusieurs étapes et sur plusieurs mois voire plusieurs années. En prenant l’exemple des parents, les étapes sont les suivantes :

  • Le choc: réaction normale face à une situation qu’on a pas vu (ou pas voulu voir) venir. Soit ils ont une attitude de retrait soit au contraire on est mitraillé de questions.
  • Le refus: réaction normale à une situation douloureuse. Ça va du changement de conversation au rejet catégorique.
  • La culpabilité: ceci concerne plutôt les parents d’homo. l’homosexualité est vue comme un problème. Ils veulent en trouver la cause et se demandent: “Qu’est-ce que j’ai mal fait?”, “Qu’est-ce que j’aurai du faire pour éviter ça?”
  • La prise de position: 3 issues possibles avec acceptation ou non. Idéalement, ils acceptent sans jugement, sinon il refuse de s’impliquer dans la vie sentimentale de leurs enfants et au pire des cas, il rejète leurs propres enfants.

Aucune de ces étapes n’est obligatoire et certaines pourront se répéter plusieurs fois avant l’acceptation.

Dans tous les cas, il faut bien garder en tête que:

En général, les gens ne sont pas foncièrement méchants, tout le monde réagit, y compris toi lecteur, avec ton vécu, tes peurs. Cela n’excuse pas tous les comportements mais permet de comprendre l’autre et d’être plus tolérant envers lui.

Le plus souvent, nos parents préfèrent nous voir homo et heureux qu’hétéro et malheureux. Notre bonheur est ce qui compte le plus pour eux. Ne jamais l’oublier, même dans les moments les plus difficiles.

 

L’homophobie chez les non-hétéros (hétérocentrisme quand tu nous tiens:-) )

L’homophobie est bien présente dans la société mais elle n’est pas que chez les autres. On la porte aussi en nous. Homophobie intériorisée peut s’exprimer avec des préjugés comme par exemple être homosexuelle c’est être malade et pervers. Si je suis attiré par une personne du même sexe je peux interpréter différemment ce préjugé :

  • Le déni :  je ne suis pas malade donc je ne suis pas homosexuel
  • Le malaise:  je suis homo, ça veut dire que je suis malade
  • La différence: je ne suis pas malade donc je suis différent des autres homosexuels
  • Le rejet de la société: Je suis homo et je ne suis pas malade c’est la société qui a tort et qui alimente des préjugés homophobes.

Je pense que chacun d’entre nous, non-hétéro, pourra se reconnaître dans l’une ou plusieurs de ces interprétations au cours de sa vie.

Cette homophobie intériorisée s’ajoute à l’homophobie en général. Elles influencent nos comportements et nos sentiments au quotidien.

Pour être appréciés des autres on vit dans le mensonge et les non-dits. C’est en particulier le cas des homosexuels qui n’ont pas encore fait leur coming out. On ment aux autres en s’inventant une vie hétérosexuelle,  on cache ses relations homosexuelles, on cherche souvent des arguments pour ne pas faire son coming out. C’est triste et ça arrive plus souvent qu’on ne veut se l’admettre.

Pour donner l’image de soi que les autres attendent de nous, on emmène une vie cachée, on adopte une attitude différente en fonction des personnes avec qui on est: ouvert avec ses amis mais pas avec sa famille et ses collègues. On évite par exemple les réunions de famille ou les soirées ou voyages professionnels.

Les sentiments négatifs peuvent prendre le dessus sur les sentiments positifs:

  • On peut ressentir de la peur: Peur d’être rejeté, de ne plus être aimé, d’être mis à la porte de chez soi, de perdre son travail.
  • On peut ressentir de la honte : honte de son corps et de ses désirs, honte de soi et de ses pensées parce qu’on suppose que ses désirs et ses sentiments ne seront pas tolérés, l’estime de soi baisse.
  • On peut aussi ressentir de la culpabilité: se sentir coupable d’être différent de faire du mal à ses proches de ne pas être la personne parfaite qu’on voudrait être aux yeux des autres.
  • On peut ressentir de la colère: contre les autres d’abord, contre leurs blagues, moqueries et stéréotypes.

Contre soi-même aussi parce qu’on est différent. La colère peut pousser à avoir des comportements qui petit à petit peuvent nous détruire:

  • Excès d’alcool, de tabac, de drogue;
  • Rapport sexuel non protégé;
  • Tentative de suicide.

 

Comment faire face à l’homophobie?

Je sais que certains d’entre vous peuvent se sentir un peu démoralisés après cet article. C’est normal, cela touche à des moments douloureux de notre vie, surtout pour ceux d’entre vous qui ne les ont pas encore surmontés. Mais l’intérêt de ce livre, je pense, est justement de donner des clés pour se protéger de l’homophobie.

On ne pourra jamais changer les autres et personne ne pourra faire le chemin vers l’acceptation à notre place. C’est à nous de trouver la force pour surmonter nos propres préjugés et ceux des autres. On peut s’accepter tel qu’on est, on peut s’aimer tel qu’on est, on peut se sentir digne d’être aimé.

s'accepter s'aimer digne d'être aimer

Je vis aujourd’hui en couple depuis 5 ans, ce qui me paraissait juste impossible lorsque j’ai pris conscience de mon homosexualité. Ce n’est pas facile d’accepter et d’assumer sa différence, c’est vrai. Mais c’est possible, avec les bons outils et pas à pas.

Plusieurs outils sont décrits dans ce livre: pour réduire l’influence des pensées et des sentiments négatifs, pour gérer son anxiété et pour prendre la décision de faire son coming out. J’aurais aimé les connaître plus tôt et notamment au moment de mes premiers coming outs. C’est pour ça que je vous les présenterai dans de prochains articles, en espérant qu’ils seront utiles à vous aussi.

 

Et vous?

Quels sont vos conseils pour surmonter ses propres préjugés et ceux des autres?

Lire le deuxième de la série

Crédit photo: pixabay

One Reply to “L’homophobie: connaître l’ennemi pour mieux le mater”

  1. On m’a posé cette question sur les réseaux sociaux:
    « Pourquoi avoir mis le rejet de la société dans la catégorie « homophobie » ? Une personne homo qui rejette la société hétéro, ce n’est pas homophobe, mais un réflexe de survie. »
    Je remercie Emilie d’avoir posé cette question.

    Le rejet de la société est un réflexe de survie tout comme le déni, le malaise ou la différence. En fonction de son caractère, de la période de sa vie, notre réaction à nos préjugés peut prendre l’une ou l’autre de ces formes.
    C’est parce qu’on a intériorisé l’homophobie qu’on met toutes les personnes hétéros dans le même panier au point qu’on se sente bien uniquement dans un environnement non hétéro.
    Se retrouver entre personne d’une même communauté à clairement des intérêts. Il y a des conversations qu’on aura pas, parce qu’on vit des choses similaires, il y aura des choses aussi qu’on pourra partagé pour cette même raison.
    Je suis noir, je suis gay. Dans un groupe où il n’y a que des noirs ou que des gays, les conversations ne seront parfois pas les même que dans un groupe hétérogène, et ça me fait du bien. Ca ne veut pas dire que je ne suis pas à l’aise ou que je n’apprécie pas être dans un groupe hétérogène.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *