COMING OUT: je le fais ou pas?

Dans cet article, 4ème sur de la série de 5, on s’attaque à LA question: est-ce je sors du placard ou non? Inspiré de Bien vivre son homosexualité… et réussir son coming out et de mon expérience perso.

S’aimer tel qu’on est, accepter et assumer son homosexualité: c’est le plus dur. Vient ensuite le moment du coming out.  C’est un moment fondamental dans la vie qui marque la fin d’un mal être et le début de la sérénité et de relations plus sincères avec sa famille, ses amis et son entourage. La même question va se poser à chaque nouvelle rencontre: je le dis ou pas?  Qu’on se rassure, avec le temps et l’expérience, la démarche sera de plus en plus facile.

 

Pourquoi faire son coming out?

Une chose est sûre: il n’y a aucune obligation à faire son coming out. Par contre, on en tire beaucoup de bénéfices. Lorsque l’on a accepté son homosexualité, on a aussi envie que nos proches le sachent et l’acceptent aussi. Il faut garder en tête que les personnes qui nous aiment souhaitent nous voir heureux avant tout!

Voici un échantillon des bonnes raisons de faire son coming out:

  • Ne plus faire semblant de s’intéresser au sexe opposé;
  • Pouvoir sortir avec son amoureux(se) /son conjoint;
  • Avoir plus d’estime de soi;
  • Être accepté tel que l’on est;
  • Contribuer à changer la vision de la société sur l’homosexualité.

Attention à ne pas le faire pour de mauvaises raisons:

  • Exprimer son ressentiment et régler ses comptes avec sa famille;
  • Partir en guerre contre les homophobes, leur prouver qu’ils devraient être plus tolérants.

C’est signe qu’on est peut-être pas prêts à annoncer son homosexualité et on pourrait se faire du mal à soi même en voulant “blesser” l’autre ou lui faire payer des événements passés.

Les raisons principales qui m’ont poussé à sauter le pas? Pouvoir être moi même et trouver le bonheur entouré de personnes qui m’aiment pour qui je suis réellement.

A qui faire son coming out?

 

Une personne à la fois ou petit groupe de personnes.

Mes premiers coming out étaient tous à une personne à la fois, histoire de réduire la charge émotionnelle: à un de mes meilleurs amis, à ma soeur, à des amis. Celui de mes parents, je l’ai fait aux deux en même temps (STRIKE!!!!!!!). Au boulot, j’ai fait plusieurs coming outs dont deux en petit groupe.

Le premier avec deux collègues de mon service qui avaient je pense déjà un doute sur ma sexualité. On m’a demandé si j’avais une copine et j’en ai profité pour faire mon coming out et c’est passé comme une lettre à la poste.

Le deuxième c’était aussi avec des collègues, d’un autre service. On devait être presque 10 à déjeuner dans une salle de réunion. On en est venu à discuter d’un achat immobilier que j’avais fait avec mon conjoint. Lorsque j’ai dit que j’avais acheté avec mon copain, il y a eu un silence, des regards, comme un léger choc pour certains, surtout pour les mecs présents. Heureusement, une collègue a assez vite interrompu le silence de mort en me posant d’autres questions sur l’achat immo. Au final, ça libère et les relations sont plus sincères.

 

Aux Amis homos

Se tourner vers des amis homos est un bon moyen pour obtenir le soutien et réconfort de personnes qui ont vécu la même chose, sont passées par les mêmes épreuves et se sont posées les mêmes questions. Ça permet de réduire sa peur et sa culpabilité.

Quand j’ai réellement pris conscience de mon homosexualité, je n’avais pas d’amis homos dans mon entourage, enfin, qui assumaient leur sexualité. Heu-reu-se-ment il y a Find… euh pardon Forum oui oui les forums!!!!!!! C’est un formidable moyen de faire son coming out virtuel et anonyme, à une communauté à l’écoute qui ne vous jugera pas (même si ça démange certains de vous critiquer, ils seront vites réprimandés par les autres membres, croyez-moi), c’est un bon outil pour entrer en contact avec des membres de la communauté LGBT pour échanger et partager ses expériences, bonnes et mauvaises.

Ça donne du courage de savoir qu’on est pas seuls et que d’autres l’ont fait et ont réussi leur coming out et en plus dans des circonstances parfois bien plus délicates que les nôtres!!

 

Aux Amis hétéros

C’est une étape un chouya plus difficile :-D. La réaction est souvent un choc et c’est un peu la confusion surtout lorsqu’on se connaît depuis longtemps. Certains le savent peut être déjà et par respect pour notre silence ne nous en parlent pas: merci à eux! À l’opposé, j’ai souvenir d’un soi-disant “ami” qui m’avait fait plusieurs allusions sur les homos en présence de ma copine de l’époque alors que je n’avais pas encore réellement accepté ma sexualité.

Dans certains cas, on a un peu l’impression d’être face à une logique “j’aime pas les homos, mais toi je t’aime bien” euhhhhh. C’est déjà une base on dira, peut être que la vision évoluera avec le temps 🙂 Et au pire c’est le rejet pur et simple. ET bien ceux-là, tant pis pour eux: qui peut souhaiter avoir des amis qui vous apprécient que si vous n’êtes pas vous-même? Si on a suffisamment d’amour propre, on n’a plus besoin de l’approbation des autres pour être en paix avec soi-même.

 

À la famille

On va crescendo dans la difficulté, en particulier avec les parents. Pour eux, c’est leur rôle de parent qui est remis en cause s’ils ne l’ont pas vu venir ou ont été aveugles aux signes.

Ça signifie faire le deuil du projet de gendre ou de bru qu’ils avaient mûri pour leur progéniture depuis plus d’une dizaine d’année. Et surtout le désir de petit enfant !

Du fait de la distance avec ma famille, j’ai dû faire mon coming out à ma soeur par téléphone. Entendre ses larmes à plusieurs milliers de kilomètres de là m’ont beaucoup touchés, j’aurais voulu être présent à ces côtés. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle j’ai attendu de pouvoir le faire de vive voix à mes parents.

 

À vos collègues

Tout comme les hétéros ne parlent pas de leur vie privée à toute la boîte, les LGBT n’ont AUCUNE obligation d’en parler. On peut choisir de le dire à certains collègues seulement. C’est le choix que j’ai fait. Je le dis au boulot qu’à quelques personnes.

C’est étrange comme certains se sentent lésés lorsqu’ils l’apprennent par des bruits de couloir (Mais il/elle m’a rien dit à moi!!) et viennent vous voir comme pour vous soutirer sournoisement des infos sur votre vie privée voire vous faire faire un petit coming out en passant. Perso, je trouve ça à mourir de rire. Vu ce que certains font avec le peu de choses qu’ils pensent savoir, ça ne donne pas envie de partager plus qu’un bonjour, bonsoir avec eux.

 

À la société et au monde

Et pourquoi pas à tout le monde? C’est le choix que font certaines personnes en s’assumant sur des réseaux sociaux comme Facebook ou Youtube. Ça peut aussi passer par participer à la gaypride. Je n’y ai pas encore participé!! J’avais jusqu’ici sans doute un blocage avec la notion de “gaypride”. Mais mon petit doigt me dit que ça ne saurait tarder, je me suis déjà renseigner sur la prochaine dans ma ville hihihi.

Et puis s’assumer aux yeux du monde, c’est tout simplement vivre sa vie ouvertement et librement: se tenir par la main, se faire un bisous sur le quai de la gare avant de se séparer.

Mine de rien, ce sont des attitudes tout à fait banales mais qui ne sont pas interprétées comme telles ni par les autres, ni par soi-même parfois. C’est encore aujourd’hui un acte militant que d’être bras dessus bras dessous en se baladant dans la rue.

 

Bon alors, est-ce qu’on est prêt à le faire?

 

Vos motivations: concrètes et personnelles

Pour le savoir, il faut déjà faire le point sur ces motivations. On peut commencer à lister ses propres motivations comme par exemple:

  • Relation plus honnête avec ma famille;
  • Gros poids en moins sur les épaules;
  • Moins de stress inutile à chercher à cacher une partie de soi même.

Mais tout ça n’est pas très concret, on reste assez vague finalement et ça ne suffit pas pour réellement se motiver!! Il faut réellement ressentir les choses, visualiser dans le détails les avantages de passer à l’action et d’enfin faire son coming out. Quels vont être les effets bénéfiques sur soi même, sur nos relations avec les autres, sur notre vie?

Dans ce cas, un gros poids en moins sur les épaules pourrait être détaillé comme:

  • Je me sens soulagé de ne plus avoir à prétendre que je suis en colocation avec un(e) ami(e) alors que je suis en couple avec lui/elle;
  • Je n’ai plus à être mal à l’aise ou à éviter des sujets qui t

    ouchent à la vie sentimentale avec mes amis.

Evidemment, on ne vit pas dans le monde des bisounounours, d’où l’importance des étapes suivantes.

 

Les risques: à interpréter de manière rationnelle

Pour évaluer de manière la plus objective possible les risques qu’il peut y avoir à faire son coming out, il faut déjà mettre les choses à plat et savoir clairement ce qu’on redoute et si la gravité du danger est réelle ou fantasmée.

Les risques varient en fonction du contexte:

  • Relation détériorée avec ses amis;
  • Être rejeté par ses frères et soeurs;
  • Se retrouver sans ressources , abandonné par ses parents;
  • etc.

En toute franchise, j’ai beaucoup trop surestimé les risques. Et c’est sans doute pour cette raison que j’ai refoulé pendant de nombreuses années mon homosexualité.

Pour diminuer sa perception des risques, un exercice intéressant est de lister les arguments qui confirment ce risque ET les arguments qui au contraire le réduisent. Et ça, pour chaque risque identifié. Pour cela, il suffit d’une feuille de papier ou d’un fichier word et de faire deux colonnes comme indiqué dans le tableau juste en bas.

Risque Négation du risque
Argument qui renforce le risque identifié Argument qui diminue le risque identifié
Je vais être rejeté par mes parents Mes parents m’aiment et veulent mon bonheur avant tout.

C’est important d’écrire des arguments concrets, rationnels, noir sur blanc, de les sortir de sa tête où se forme toute sorte d’interprétations, le plus souvent négatives et dramatiques d’ailleurs. Toute cette anxiété est basée sur des croyances venant de l’homophobie intériorisée qu’on porte en nous.

De plus, gardez bien en tête que même lorsque la réaction est négative au départ, elle peut évoluer favorablement avec le temps.

 

Dernière étape: Peser le pour et le contre

 

Il est temps de peser le pour et le contre en comparant:

  • La situation actuelle avec la pire des prévisions si on fait son coming out;
  • Les inconvénients et les avantages une fois que le coming out sera fait.

Pour le premier point, voici un exemple:

Conséquences négatives si mes pires prévisions se réalisent après coming out Conséquences négatives si je ne fait pas mon coming out
Couper les ponts avec ma famille et une bonne partie de mes amis

Entendre régulièrement des réflexions désagréables de la part de XXXX

Être mis à la porte par mes parents

Mentir à chacune de mes sorties avec mon conjoint

Stress à l’idée d’être démasqué au supermarché

Ne pas présenter mon conjoint à ma famille

Idem que précédemment: DU CONCRET! ENCORE DU CONCRET!

Pour le deuxième point, ce sont les inconvénients et les avantages après le coming out:

Une fois que j’aurai fait mon coming out:

Inconvénients

Une fois que j’aurai fait mon coming out:

Avantages

Est-ce que c’est LE bon moment? Je n’aime pas trop cette question. Parce qu’il n’y a pas de moment parfait, il n’y en a pas qu’un moment et que quand on l’a raté ben c’est mort et puis c’est pas très précis tout ça. Alors disons plutôt, est-ce que je peux faire aujourd’hui mon coming out dans de bonnes conditions?

Si après votre bilan d’aujourd’hui, vous vous rendez compte que vous n’êtes pas prêt à prendre les risques identifiés pour bénéficier des bénéfices que vous avez trouvez, alors la réponse est non. Mais avec le temps, votre situation évoluera. En refaisant ce bilan dans 3 mois, ce sera peut être oui!

Je pense, et vous l’aurez sûrement remarqué vous aussi, qu’il ne faut JAMAIS PRENDRE DE DECISION DANS UN ETAT DE FATIGUE, STRESS, TRISTESSE OU COLERE. Il vaut mieux privilégier un moment au calme, lorsqu’on est en forme et plein d’énergie! Si vous vous sentez revigoré après un bon jogging, alors enfiler vos baskets et aller courir avant de faire le point sur votre situation et de décider de faire ou non votre coming out.

Dans tous les cas vous serez plus sereins quelque soit la décision que vous aurez prise parce que vous savez que vous aurez pris cette décision en connaissance de cause. Vous l’aurez prise en ayant conscience des risques, en sachant les bénéfices ET en ayant pris cette décision dans des conditions optimales.

2 Replies to “COMING OUT: je le fais ou pas?”

  1. J’ai attendu des années pour faire mon coming-out. J’avais 40 ans. le bien-être de vie que j’en ai retiré a été si important que je me suis demandé pourquoi j’avais attendu si longtemps… Peut-être pour préserver l’enfance de mon fils. Je n’allais pas l’obliger à assumer ce que moi-même je n’arrivais pas encore à assumer…
    Avoir une famille bienveillante m’a bien aidé, c’est sûr .
    Quant à mon fils, lorsque je lui ai annoncé… j’ai eu l’impression de lui dire: »je reviens… J’vais chercher du pain! »
    Maintenant, je ne ressens pas le besoin de le crier à la face du monde. Je me contente juste d’être (enfin) moi-même sans trop me soucier du regard des autres.

    1. Félicitations Damien d’avoir trouvé le courage de faire ton coming out, à 40 ans et ayant une famille. Vu la réaction de ton fils, ça montre bien que parfois on fait une montagne des réactions éventuelles des autres pour rien.
      Tu en tires beaucoup de bénéfices: acquérir du bien être et pouvoir enfin vivre SA vie, tout simplement sans surinterpréter le regard des autres => Ça vaut bien la peine de surmonter ses craintes!

      D’autres personnes sont sûrement dans ton cas et ton exemple montre que c’est possible. Il en inspira peut être d’autres à faire des petits pas vers eux même pour s’accepter et des petits pas vers les autres pour s’assumer.

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